Une lettre en partie ouverte signée par 102 anciens diplomates de France et de Grande-Bretagne met en garde une fois de plus contre le fait que la Palestine menace d'être anéantie sous les yeux du monde. Des mesures urgentes sont exigées, parmi lesquelles des embargos commerciaux et sur les armes, pour amener Israël à reconnaître un État palestinien.
La lettre, adressée au président français encore en fonction Emmanuel Macron désormais inévitablement sur le départ ainsi qu'au nouveau Premier ministre britannique Andy Burnham probablement appelé à devenir tout aussi impopulaire, a du poids, car elle ne provient pas d'activistes palestiniens stratégiquement diffamés par l'Occident qui s'encense lui-même, mais de personnes qui ont servi dans les corps diplomatiques britannique et français et sont par conséquent considérées comme loyales à l'État – 52 anciens diplomates français et 50 anciens ambassadeurs britanniques, parmi lesquels un grand nombre de collaborateurs qui ont été actifs au Moyen-Orient et ont occupé de hautes fonctions entre autres en Égypte, à Bahreïn, en Israël, au Qatar, au Koweït, en Arabie saoudite, en Syrie tout comme en Iran et en Turquie.
À Gaza, 2 millions de Palestiniens sont parqués sur 30 % d’un territoire dévasté, affamés, privés de médicaments et de logement. Plus de 1 200 Palestiniens ont été tués depuis le prétendu cessez-le-feu d’octobre 2025. A Jérusalem-Est et ailleurs en Cisjordanie, les destructions de maisons et la violence généralisée des colons – avec la connivence de l’armée et de la police israéliennes – relèvent d’un nettoyage ethnique. La Palestine s’efface sous nos yeux.
Extrait de la lettre « ouverte » des 102 diplomates du 22 août 2026
Parmi les signataires de la lettre incendiaire figurent les Français Stanislas de Laboulaye, ancien consul général à Jérusalem, et Patrice Paoli, ancien directeur pour le Moyen-Orient au ministère français des Affaires étrangères, ainsi que, du côté britannique, Edward Chaplin, ancien directeur pour le Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères et les anciens ambassadeurs auprès de l'ONU Jeremy Greenstock et Emyr Jones Parry.
La lettre affirme que le gouvernement israélien tente de « détruire toute perspective d'un État palestinien indépendant » et accuse un « mépris du droit, des décisions de la Cour internationale de justice et d'innombrables résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU ». L'affirmation du Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou selon laquelle Israël « doit vivre par l'épée » est également critiquée et sa position est qualifiée de « moralement erronée et contre-productive » car elle « ne laisse aucune place à la négociation et met en péril sa sécurité ».
Les signataires déclarent en outre que la politique du gouvernement Netanyahou nuit à la réputation internationale d'Israël et méprise les lois « sur lesquelles nous nous appuyons tous ». La France et la Grande-Bretagne sont dès lors instamment appelées à prendre sept mesures d'urgence.
- Respecter les décisions de la Cour internationale de Justice et de la Cour pénale internationale.
- Suspendre l'accord d'association entre l'UE et Israël ainsi que l'accord de commerce et de partenariat entre le Royaume-Uni et Israël, pour violation des dispositions relatives aux droits de l'homme.
- Suspendre les livraisons d'armes vers et depuis Israël ainsi que toute coopération militaire bilatérale.
- Exiger un accès sans restriction pour les livraisons d'aide à Gaza sous la direction de l'office de secours de l'ONU (UNRWA), d'autres organisations de l'ONU et d'organisations non gouvernementales internationales – avec des conséquences en cas de non-respect – ainsi qu'un accès pour les journalistes, diplomates et parlementaires.
- Interdire tout commerce avec les colonies, y compris les marchandises, les investissements, les assurances et autres services financiers.
- Avertir les soumissionnaires potentiels pour la colonie E1 de la « ligne rouge » ou d'autres projets de financement/construction de colonies que leurs intérêts dans et avec la Grande-Bretagne et la France en souffriront.
- Qu'acquérir des biens immobiliers sur des terres palestiniennes volées devienne une infraction pénale pour les citoyens britanniques et français ; retirer leur statut d'organisme à but non lucratif aux « oeuvres caritatives » qui financent des colonies.
Ces mesures et les sanctions correspondantes en cas de violation doivent garantir l'État de droit et montrer qu'il existe une alternative à la violence, à savoir : l'égalité des droits, la justice et la sécurité mutuelle avec des garanties internationales. Il est en outre écrit que la bande de Gaza et la Cisjordanie doivent être réunifiées politiquement, administrativement et économiquement et que les élections palestiniennes de novembre doivent conduire à un renouveau démocratique. Les signataires demandent enfin à la France et à la Grande-Bretagne de jouer un rôle de premier plan pour les gouvernements partageant les mêmes idées en Europe, au Moyen-Orient, dans le Sud global, dans la Francophonie et dans le Commonwealth.
Reste à savoir si cette lettre partiellement ouverte, émanant précisément d'anciens serviteurs des États français et britannique, peut encore être crédible compte tenu de l'origine franco-britannique de tout ce désastre ? L'accord secret entre la France et l'île britannique (approuvé par l'Empire russe et l'Italie) connu plus tard sous le nom des accords Sykes-Picot (image en tête d'article), qui prévoyait le partage du territoire désigné sous le nom de « Croissant fertile » entre la France et la Grande-Bretagne et visait également la délimitation de zones d'influence en Asie occidentale ainsi que le démembrement de l'Empire ottoman après la Première Guerre mondiale, fut en effet le déclencheur de tout ce à quoi toutes les générations suivantes ont été confrontées, à l'intérieur et à l'extérieur de cette région.
Les premières négociations qui aboutirent à ce fameux accord eurent lieu entre le 23 novembre 1915 et le 3 janvier 1916. À l'époque, le diplomate français François Georges-Picot et le diplomate britannique Mark Sykes signèrent les documents des déclarations d'intention entre les ministères des Affaires étrangères de France, de Grande-Bretagne et de la Russie tsariste d'alors. Les gouvernements de ces pays ratifièrent l'accord secret les 9 et 16 mai 1916. L'accord reposait sur l'hypothèse que la Triple-Entente parviendrait à vaincre l'Empire ottoman pendant la Première Guerre mondiale et faisait partie d'une série d'accords secrets visant son démembrement.
Le 2 novembre 1917, le ministre britannique des Affaires étrangères, profondément religieux, Arthur James Balfour, fit en outre une déclaration publique en faveur de la création d'un « foyer national pour le peuple juif » en Palestine, qui comprenait alors le territoire ottoman des Arabes palestiniens avec une minorité juive d'environ trois à cinq pour cent de la population totale. Le cabinet britannique attendait de cette déclaration le soutien du sionisme international dans ses multiples efforts de guerre. C'étaient les jeux de pouvoir coloniaux habituels, qui devaient avoir des conséquences jusqu'à aujourd'hui sous une autre forme.
Cependant, compte tenu de l'incapacité totale de l'Allemagne à se libérer du corset israélo-transatlantique qu'elle affiche avec passion, et d'un gouvernement américain confus et avant tout avide de s'enrichir, tout pas en direction d'une clarification du problème régional israélien est à saluer. Il est minuit moins cinq, la situation est dramatique et nécessite des appels quotidiens pour rappeler sans cesse aux populations du monde et à leurs gouvernements que le comportement du sionisme tel qu'il existe réellement représente l'un des régimes les plus brutaux de l'après-guerre.
David Andel (traduit par Laurence Geyduschek)
