Après la destitution du général Nagib, Gamal Abdel Nasser voulait sceller ses prétentions au pouvoir via un double référendum, il y a soixante-dix ans aujourd'hui. Le 23 juin 1956, les Égyptiens étaient appelés à voter sur la candidature de Nasser à la présidence et sur une nouvelle constitution. Nasser se voyait comme le défenseur de la démocratie en Égypte, mais le résultat fut cependant d'une clarté dictatoriale sans équivoque : 99,9 % des électeurs inscrits votèrent pour la candidature de Nasser et 99,8 % pour la constitution.
La corruption de la monarchie de Farouk répondait parfaitement aux exigences occidentales : le roi gras s'était arrangé avec les Britanniques et menait sa vie décadente et opulente aux dépens des Égyptiens, contraints de se soumettre à son régime arbitraire. Cela prit fin le 23 juillet 1952 avec la révolution des officiers libres, qui ne fut que le prélude à de nombreux autres changements au pays des Pharaons. Dès lors, l'Égypte ne s'abandonna plus à l'apparence d'un ordre cautionné par l'Occident ; elle voulut une augmentation du niveau de vie pour tous ses citoyens, ce qui signifiait tout autant la liberté et l'indépendance vis-à-vis de ce même Occident.
Je me souviens encore bien de mon premier affrontement avec l'autorité. C'était en 1933 ; à l'époque j'étais élève à Alexandrie et je n'avais pas encore quinze ans. Je traversais justement la place Mansheya à Alexandrie quand je tombai sur une confrontation entre une manifestation d'étudiants et la police. Je choisis mon camp sans hésiter un instant. Je me joignis immédiatement aux manifestants, sans avoir la moindre idée de ce pour quoi ils manifestaient.
Gamal Abdel Nasser dans une interview au Sunday Times du 18 juin 1962
Gamal Abdel Nasser naquit le 15 janvier 1918 à Alexandrie. Issu d'une famille de condition modeste, il était le fils aîné de l'employé des postes Abdel Nasser Hussein Khalil Sultan, qui gagnait environ vingt livres par mois – pour une famille de six personnes, cela suffisait à peine. En 1925, Gamal déménagea pour trois ans dans une banlieue du Caire chez son oncle Khalil, qui avait été emprisonné pendant la Première Guerre mondiale comme agitateur politique. En 1926, sa mère, qu'il aimait par-dessus tout, décéda et personne n'osa annoncer la terrible nouvelle au garçon. Lorsqu'il finit par l'apprendre, il subit un grave choc.
Je retournai immédiatement au Caire, où je me tournai vers mes activités politiques avec encore plus d'intensité qu'auparavant. Le temps atténua le traumatisme, mais je gardai mes distances avec la famille pendant plusieurs années. La perte de ma mère était déjà une expérience très triste ; la perdre ainsi fut traumatisant et laissa une cicatrice que le temps ne put guérir. Ma douleur personnelle et mon chagrin me rendirent dans les années qui suivirent très réticent à infliger de la douleur et du chagrin à autrui.
Gamal Abdel Nasser dans une interview au Sunday Times du 18 juin 1962

Abdel Nasser Hussein Khalil Sultan se remaria en 1931. De cette union naquirent six autres enfants. En raison du passé difficile de son frère Khalil, le père s'inquiétait des premières activités politiques de son fils aîné. Celui-ci adhéra d'abord au parti Misr Al-Fatah, mais n'y demeura pas longtemps, car il eut l'impression que leurs paroles n'étaient pas suivies d'actes. Lorsque les communistes voulurent le recruter, cela lui parut incompatible avec sa foi. De même, Gamal Abdel Nasser, qui aspirait à la liberté pour son peuple, ne se voyait pas en mesure de se soumettre à la prétention au pouvoir absolu d'un parti.
Ses contacts avec la Fraternité musulmane de Hassan al-Banna ne se déroulèrent guère mieux : il tenait leurs actions pour du fanatisme religieux. Il était convaincu que la tolérance religieuse devait être l'un des piliers essentiels de la société. Avec la signature du traité anglo-égyptien de 1936 suivie par le décret du gouvernement Wafd, qui prévoyait la création d'une école militaire supérieure pour les garçons quelle que soient leur fortune ou leur origine sociale, un chemin clair se dessina pour Gamal Abdel Nasser. Il fit partie des premiers à saisir cette occasion et après des études à la faculté de droit, il entra dans l'armée.
En 1938, il sortit diplômé de l'académie militaire d'Abasseya avec le grade de lieutenant. La même année, il rencontra Zakaria Mohy El-Din et Anwar el-Sadate. Ce devait être l'ascension d'une nouvelle génération d'officiers qui considérait son avenir dans l'armée comme faisant partie d'un combat plus vaste pour la libération du peuple. Il se heurta cependant vite à l'obstacle apparemment insurmontable de la corruption. En 1939, il déménagea à Alexandrie et fit la connaissance d' Abd al-Hakim Amer qui partageait son désir de changement. Peu après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il fut affecté à un bataillon britannique stationné derrière les lignes de front près d'El-Alamein. C'était la première fois qu'il avait des contacts avec des soldats britanniques.
L'idée d'une révolution prit forme en 1942 ; il ne manquait qu'un nombre suffisant de jeunes officiers partageant les mêmes idées. La Grande-Bretagne était acculée et avait besoin d'un gouvernement égyptien docile, pour son soutien contre les troupes allemandes. Miles Lampson, l'ambassadeur britannique en Égypte, rencontra Farouk le 4 février 1942 au palais d'Abdin au Caire, qui avait été auparavant encerclé par des chars britanniques, et posa un ultimatum au roi : soit Mustafa an-Nahhas serait nommé Premier ministre et formerait un cabinet coopérant avec la Grande-Bretagne, soit il serait destitué. Naturellement, le monarque obèse se soumit.
Que devons-nous faire après cet événement tragique avec lequel nous nous sommes résignés servilement et docilement ? La vérité est que les colonisateurs n'ont qu'un moyen, nous terroriser. Mais le jour où ils reconnaîtront que le peuple égyptien est prêt à se sacrifier lui-même, les colonisateurs se retireront comme des tyrans lâches.
Gamal Abdel Nasser dans une interview au Sunday Times du 18 juin 1962
En mai 1948, la Grande-Bretagne mit fin à son mandat sur la Palestine. Nasser rencontra le mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini, qui vivait comme réfugié à Misr El Gedida, et lui proposa ses services pour former des volontaires et combattre à leurs côtés. Mais celui-ci refusa. Les armées arabes n'étaient pas coordonnées, un commandement opérationnel au plus haut niveau faisait défaut et l'équipement disponible était une catastrophe. À l'apogée de la bataille, en outre, les soldats reçurent l'ordre de construire pour Farouk une autre résidence secondaire pour sa détente, à Gaza.
Finalement, Nasser fut détaché pour conduire une unité du sixième bataillon d'infanterie à Iraq Suwaydan qui était sous attaque israélienne. Ahmad Abdel Aziz, le commandant en chef des volontaires, fut attaqué dans sa voiture sur le chemin d'une réunion à Jérusalem et y trouva la mort. Nasser fut blessé deux fois : une balle ne manqua son cœur que de cinq centimètres. Pendant ce temps, des politiciens égyptiens amassaient des fortunes grâce aux bénéfices réalisés par l'achat d'armes de mauvaise qualité à bas prix et en les revendant à l'armée. Cela ne pouvait plus durer. L'objectif de la révolution était désormais la destitution de la dynastie de Mehemet Ali et donc du roi Farouk.

Le projet consistait à mener une guérilla contre les installations britanniques et à éliminer les têtes de l'ancien régime. La situation échappa cependant rapidement à tout contrôle et des manifestations violentes de groupes fondamentalistes suivirent, reprises plus tard par la population en colère, si bien que le 26 janvier 1952, Le Caire fut en flammes. Pendant ce temps, le Premier ministre Mustafa an-Nahhas, nommé par les Britanniques, resta dans sa maison, et le roi obèse dans le palais d'Abdin. Ce n'est que dans l'après-midi, après que le feu eut déjà détruit quatre cents bâtiments et rendu 12 000 personnes sans abri, que l'ordre d'intervenir fut donné à l'armée. Les dégâts causés s'élevaient à 22 millions de livres.
Après de longues négociations, le 23 juillet 1952 à sept heures du matin, un message radiodiffusé annonça que le gouvernement avait été destitué. L'armée s'était emparée du pouvoir et le roi devait être envoyé en exil le plus rapidement possible. Après avoir lu son acte d'abdication, il le signa une première fois, mais sa main tremblait si fort qu'il dut le signer à nouveau. Il fut autorisé à emporter tout ce qu'il voulait, à la condition de se trouver sur le pont du yacht royal dans le port d'Alexandrie avant six heures du soir. Malgré son état presque hystérique, il réussit à rassembler 273 sacs et caisses.

L'État d'Israël souhaite une Égypte libre, indépendante et progressiste. Nous ne nourrissons aucune hostilité envers l'Égypte, ni pour ce que ses ancêtres ont fait aux nôtres du temps des Pharaons, ni pour ce qu'elle nous a fait il y a quatre ans. Nous avons prouvé notre bonne volonté envers l'Égypte – malgré le comportement insensé du gouvernement de Farouk à notre égard durant les mois où l'Égypte était impliquée dans un grave conflit avec une grande puissance mondiale. Il ne nous est jamais venu à l'esprit d'exploiter la détresse de l'Égypte pour attaquer le pays ou pour nous venger de lui, comme l'Égypte l'a fait envers nous lorsque notre État fut fondé.
Ben-Gourion le 18 août 1952 dans une déclaration adressée à Nagib dans la Knesset
En réalité cependant, les voisins sionistes de l'Égypte voyaient en Gamal Abdel Nasser un « Hitler du Nil » alors que la plupart des Arabes le considéraient comme un champion du nationalisme panarabe laïc. Dans son discours mensonger à la Knesset le 18 août 1952 , Ben-Gourion à l'esprit étroit s'adressa encore au général Muhammad Nagib. Mais lorsqu'il comprit plus tard que le véritable chef de l'Égypte était Gamal Abdel Nasser, Ben-Gourion lui déclara tout simplement la guerre. Le père fondateur d'Israël, né en 1886, fut intimidé par le charisme et l'énergie de Nasser, de plus de trente ans plus jeune, et craignait qu'il fût capable d'unifier le monde arabe à un point tel qu'il en résulterait un ennemi invincible pour l'État juif, fondé sur le vol de terres aux Arabes.
Au début, nous concentrâmes toutes nos ressources sur la reconstruction de notre pays, et il n'y avait pas de plans pour équiper l'armée d'armes supplémentaires. Je reçus des assurances des gouvernements américain et britannique que notre sécurité était garantie et qu'il n'y aurait pas d'agression d'Israël contre nous. Je pus en convaincre l'armée. Mais soudain, en 1955, il y eut des attaques sur la bande de Gaza. Beaucoup de nos soldats furent tués. Ce fut le début des affrontements avec les Israéliens après la révolution. Naturellement, après ces attaques, le besoin d'armes se fit sentir. Vous connaissez la suite. La Grande-Bretagne refusa, l'Amérique refusa, et finalement nous reçûmes des armes de l'Union soviétique.
Gamal Abdel Nasser dans une interview au New York Times le 15 février 1970
Deux jours après le référendum du 23 juin 1956, Gamal Abdel Nasser fut officiellement déclaré président. Durant les 18 années de son règne, il fit constamment des tentatives pour s'entendre avec Israël. Mais Ben-Gourion préféra la domination militaire et donc une guerre à laquelle il se prépara systématiquement, en cheville avec la France et la Grande-Bretagne. Comme pour Mossadegh en Iran , on ne vit dans le jeune Nasser qu'une menace pour ses propres intérêts. Les objectifs des deux anciennes puissances coloniales prédatrices coïncidaient avec ceux du futur représenté par le sionisme. L'image d'Israël comme corps étranger et tête de pont de l'Occident ennemi dans la région vit le jour.
Ce que je veux dire en réalité, c'est qu'il y aura un État dans lequel vivront des Juifs, des Musulmans et des Chrétiens, car qui a été expulsé d'Israël ? Les Chrétiens et les Musulmans. Si les réfugiés reviennent, ce ne sera vraiment plus un État fanatique [Israël] comme il l'est actuellement – car il s'agit ici du judaïsme et de l'État du judaïsme. Nous ne parlons pas de l'État de l'Islam.
Gamal Abdel Nasser dans une interview au New York Times le 15 février 1970

Ben-Gourion était un ennemi déclaré de l'idée panarabe et fit tout ce qui était en son pouvoir pour en empêcher la réalisation. Même la majorité des Palestiniens vénérait Nasser comme un prophète et était prête à laisser l'identité palestinienne se fondre dans le panarabisme. Ce n'est qu'après la défaite, causée par Israël, d'une unité arabe transnationale que l'identité palestinienne redevint centrale. La chance d'une coexistence pacifique entre Chrétiens, Musulmans et Juifs au Levant était perdue, et les accords glacials d'Israël avec l'Égypte (26 mars 1979), la Jordanie (26 octobre 1994) ou dans le cadre des accords d'Abraham bâclés par les États-Unis de Trump n'y changeraient rien.
Je ne pourrais pas accepter de céder à Israël ne serait-ce qu'un pouce du territoire arabe. Je considère la question comme un problème tout à fait simple. Si vraiment tout le monde veut la paix – nous aussi nous voulons la paix. Mais que signifie la paix pour nous ? La paix signifie l'évacuation complète des territoires occupés, y compris Jérusalem, et ensuite la reconnaissance d'Israël, le droit d'existence d'Israël ainsi que la liberté de navigation dans le canal de Suez.
Alors il y aura la paix. On n'aura plus besoin de forces de police, ni de zones démilitarisées, car si nous réglons le problème des réfugiés et qu'Israël accepte des frontières sans extension territoriale, il y aura une solution. Ce problème dure déjà depuis 20 ans parce qu'il n'y a pas eu de solution au problème des réfugiés, et s'il n'y a pas de solution, cela durera encore 20 ans. J'espère que vous me comprenez.
Gamal Abdel Nasser dans une interview au New York Times le 15 février 1970

Les Britanniques chassés d'Égypte voulaient renverser Gamal Abdel Nasser, un peu comme ils l'avaient fait avec Mohammed Mossadegh, afin de poursuivre leurs méthodes habituelles d'exploitation des peuples étrangers. Nasser n'avait pas seulement l'audace de ne pas reconnaître la propriété des actionnaires britanniques de la Compagnie du canal de Suez ; pour les Français, Nasser était en outre la force motrice, voire l'origine de la guerre de libération algérienne. De même qu'Israël était déjà dégoûté par la simple existence d'une Palestine opprimée, la France ne pouvait accepter que l'Algérie aspire à l'indépendance et voyait en Nasser un agitateur. Ainsi les deux moyennes puissances européennes firent-elles cause commune avec un David Ben-Gourion qui, depuis le début, voulait anéantir les forces armées égyptiennes renforcées.
À cette fin, l'île britannique, la France et Israël planifièrent une provocation militaire contre l'Égypte. Des parachutistes israéliens devaient être largués près du canal de Suez et le conflit résultant avec les forces armées égyptiennes devait servir de prétexte aux Français et aux Britanniques pour occuper la zone du canal afin de « sécuriser » la voie d'eau. Le plan fut mis en œuvre mais échoua non seulement en raison de l'opposition de l'URSS, mais aussi de la réaction étonnamment vigoureuse des États-Unis. Cette entreprise menée dans le plus grand secret fut perçue dans le monde entier comme le dernier sursaut géopolitique de deux puissances coloniales en déclin.
Les revenus du canal de Suez nationalisé permirent plus tard à Nasser de réaliser non seulement le grand projet du barrage d'Assouan mais aussi de nombreux petits projets de construction dans tout le pays. Il mit également en œuvre une série de réformes remarquables comme le droit de vote pour les femmes, une couverture médicale gratuite pour la population et l'enseignement gratuit pour la jeunesse égyptienne. Contrairement à la « révolution blanche » du régime corrompu du Shah en Perse, Nasser réussit également, après la réforme agraire de Nagib , à exproprier les grands propriétaires terriens et à partager et transmettre leurs terres aux petits paysans que le politologue égyptien et marxiste panarabe Anwar Abdel-Malek avait qualifiés à juste titre de « masse exploitée, encerclée par la faim, la maladie et la mort ». Avant la destitution du roi, plus de 65 % des terres étaient entre les mains de seulement 6 % de la population et moins d'un demi pour cent des Égyptiens possédaient plus d'un tiers de l'ensemble des terres fertiles.
Gamal Abdel Nasser a marqué l'Égypte comme aucun autre chef d'État. Pendant plusieurs années, il fut l'idole du monde arabe, symbole d'une unité jusqu'alors inconnue, qui connut son apogée dans la fondation de la République arabe unie égypto-syrienne qui exista de 1958 à 1961. Mais Israël ne put s'accommoder d'une telle arrogance arabe et saisit une opportunité stratégique de vaincre l'Égypte lors de la Guerre de Juin ou des Six Jours de 1967, une humiliation qui fit de Nasser un homme brisé. Il mourut d'une crise cardiaque peu après la conclusion du sommet de la Ligue arabe, le 28 septembre 1970. Peu après sa mort, on prétendit qu'il avait été empoisonné par Sadate en janvier 1970, mais il n'existe à ce jour aucune preuve à l'appui de cette rumeur. Même sans empoisonnement, le calcul d'Israël réussit et l'esprit panarabe s'éteignit.

Le successeur de Nasser, Anouar el-Sadate, ne possédait pas le charisme de son prédécesseur. Le brave homme au chapelet de prière n'était pas un visionnaire, ne fit pas non plus construire de grands projets nationaux, mais avait vis-à-vis de l'Occident l'avantage d'une épouse charmante, avec laquelle les journalistes et politiciens complaisants pouvaient discuter avec distinction. Sadate sut convaincre les Égyptiens religieux, entre autres, en accordant de grandes libertés aux Frères musulmans, interdits depuis un attentat contre Nasser en 1954. Sadate s'arrangea finalement à un moment donné avec tous les fondamentalistes du pays. C'est aussi à lui que l'on dut le retour du voile dans le paysage quotidien du pays. Bien que Gamal Abdel Nasser fût lui aussi un homme religieux, il défendit avant tout des valeurs laïques.
[...] dans leurs déclarations, le Premier ministre, le vice-Premier ministre et le ministre de la Défense [d'Israël] ont dit qu'ils voulaient un Israël plus grand, plus étendu. Ils ont décidé d'annexer Jérusalem. Ils ont parlé d'annexer d'autres territoires de Syrie, de Jordanie et d'Égypte. C'est pourquoi nous considérons les Israéliens avec méfiance, et plus encore. Nous sommes certains qu'ils aspirent à l'expansion. Vous savez, ils sont un pays sans frontières. Ils ont dit qu'ils n'avaient pas de frontières et qu'ils voulaient négocier sur nos frontières. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie l'expansion. Cela signifie qu'ils veulent incorporer les territoires d'autres pays au leur. Ils parlent du fait que la prochaine génération fixera les frontières réelles d'Israël.
Gamal Abdel Nasser dans une interview au New York Times le 15 février 1970




Ouvert le 28 septembre 2016 après plus de cinq ans de travaux de rénovation minutieux, le musée Nasser est tout particulièrement recommandé au voyageur intéressé par la politique. Il se trouve dans l'ancienne maison privée de la famille et contient tous les objets souvenirs imaginables d'un président qui changea durablement l'avenir de tous les Égyptiens. Sur un terrain de 13 400 m² et une surface d'exposition de 1 300 m², grâce aux dons généreux de la famille, on peut examiner tout ce qui touche à Nasser, du pyjama aux lunettes légendaires, en passant par la bibliothèque, la salle de bains et la chambre à coucher. Les objets privés sont complétés par une multitude de documents et de contenus multimédias. Et même ceux qui ne s'intéressent pas à l'homme ou à son œuvre peuvent au moins faire une excursion extraordinaire dans l'une des époques les plus marquantes du XXe siècle. L'actuel chef d'État égyptien, al-Sissi, est un admirateur du président charismatique, de sorte que la mémoire de Nasser sera assurée pour le moment.
Eh bien, vous savez, parmi les Israéliens, il y a quelques divergences d'opinion. Certains veulent un morceau de terre particulier, d'autres veulent un plus grand morceau de terre, certains veulent annexer tous les territoires occupés à Israël. Et je crois que beaucoup d'Israéliens et beaucoup de Juifs veulent annexer tous les territoires occupés, c'est-à-dire posséder toute l'ancienne Palestine, une partie de l'Égypte et une partie de la Syrie. C'est en fait la raison pour laquelle il y a eu de telles divergences d'opinion. Et ne croyez pas que ce serait fini s'ils annexaient toutes ces terres. Dans les dix prochaines années, ils en obtiendront davantage, car leurs plans sont connus.
Gamal Abdel Nasser dans une interview au New York Times le 15 février 1970




L'histoire se répète de manière variée et apparaît souvent insidieuse, les biographies comme celle de Nasser sont donc d'une valeur particulièrement élevée en tant que source d'inspiration. Ce qui se termina à Téhéran en 1953 par un coup d'État des Britanniques et des Américains et au Caire par la mort de Nasser, ne conduisit certes dans aucun des deux cas à une fin heureuse, mais l'Égypte put au moins préserver jusqu'à aujourd'hui son indépendance et son intégrité largement intacte, ce qui, compte tenu du pays voisin extrémiste, tient du miracle.
David Andel (traduit par Laurence Geyduschek)
