Le magasin ukrainien se sert en libre-service des gouvernements occidentaux, efficacement et durablement. Les signes d’usure vont sont tels que les annihilateurs de la Russie que sont Macron, Merz et Starmer peuvent désormais se partager le titre de politicien le plus impopulaire du monde ; tandis que Starmer fait actuellement tout pour démissionner de manière anticipée, Macron est assuré de se voir blackbouler au plus tard lors de l’élection présidentielle d’avril 2027, si bien que le chancelier BlackRock pourra bientôt faire la guerre tout seul.
Les chiffres éveillent l'attention. Jamais les chefs de gouvernement européens n’ont été aussi impopulaires. Ce qui a été enduré à coups d'arguments pendant des décennies touche désormais peu à peu à sa fin : le drame que constitue toujours plus de travail pour toujours moins d’argent avec des coûts sans cesse croissants et une baisse de qualité de vie. Certains individus deviennent toujours plus riches grâce à cette politique de mépris de la population, tandis que tous les autres s'appauvrissent. De grands projets absurdes, comme la transition énergétique radicale en réaction à des décennies de pourrissement et d'immobilisme ou l’abjecte nouvelle « aptitude à la guerre » allemande, ajoutent de l’huile sur le feu de la pauvreté croissante. Les politiciens qui méprisent le peuple et ne le représentent pas sont seuls responsables de cette évolution qui n'a rien de neuf. La réaction de l’électeur ? Il vote de plus en plus à droite par protestation, car les forces politiques situées là écoutent et s’approprient, ne serait-ce qu'en apparence, la colère du citoyen.
Selon des sondages récents, ces partis politiques, dont l'approche n'inclut pas la moindre amélioration de la qualité de vie mais ont en revanche un catalogue illimité de reproches et d’exigences, dégringolent actuellement plus vite que prévu. D’anciens partis populaires comme le SPD allemand, le PS français ou le Labour Party (parti travailliste) britannique rétrécissent comme peau de chagrin. En Allemagne , le SPD n’atteindrait plus que 14% des votes, en France le PS 10% seulement et sur l’île britannique , le Labour peut à grand peine tabler sur 17%. Pendant ce temps, les populistes de droite savourent les faveurs des électeurs. En Allemagne, l’ AfD (Alternative pour l’Allemagne), avec 27%, a remplacé la CDU avec 24% en tant que première force. En France, le RN (Rassemblement National) domine nettement, avec 34%, face à l’alliance gouvernementale Ensemble pour la République (21%) et sur l’île britannique, Reform UK peut espérer 24%, dépassant ainsi de cinq points les Tories (19%).
Reste à voir ce que ce net virage à droite signifiera concrètement. Le fait est qu’il vient à grande vitesse et que les chances d’un changement de mentalité ont été gâchées. Les stratégies européennes de réarmement ne seront qu'autant de clous dans le cercueil, car aucun État de l’UE ne dispose plus d’une population suffisamment prête à mourir pour concrétiser tous ces grands projets armés. Et aucune industrie européenne ne dispose plus de la capacité technologique pour pouvoir concurrencer sur le champ de bataille un géant manufacturier tel que la Chine. Il est plus que temps de coopérer avec la Chine et la Russie, car Israël et les États-Unis sont devenus des facteurs de risque géopolitique, et leurs populations endoctrinées et leurs systèmes électoraux ne laissent guère espérer des forces de réforme politique. Celui qui trouve tentante une Troisième Guerre mondiale n’a qu’à continuer à suivre ces deux États.
Jusqu’à présent, l’abjecte stratégie du chant du cygne occidental consiste encore à vouloir faire disparaître les opinions dérangeantes par des menaces de sanctions ou des mesures anéantissant des existences, mais jusqu’ici, cela ne conduit qu’à durcir encore les positions. Pire encore : l’intolérance fait tache d’huile et finit par toucher tout le monde, sans pour autant diminuer l’agressivité des discours politiques. Celui qui n’a pas d’arguments pour justifier sa politique ne pourra pas gommer son impuissance, même en interdisant l’expression légitime d’opinions ; il finira victime de ses propres méthodes. On peut observer en Israël jusqu’où cela peut aller : mis à part le journal Haaretz (הָאָרֶץ) fondé en 1919, il n’existe guère plus de média critique. Une voie que l’Europe, avec ses nombreuses restrictions à la liberté de la presse, semble disposée à suivre.
Il est conseillé aux populistes de droite, enivrés par le succès, de prendre conscience du caractère unique de la chance d’un véritable changement politique. C’est probablement un voeu pieux, mais poursuivre des stratégies qui ont échoué sera fatal ; un millénaire (c'est du moins l'impression) de CDU l’a parfaitement prouvé. Le réarmement et la guerre ne sont ni des panacées ni des stimulants technologiques, ce que l’on peut constater en ce moment, entre autres en Iran. Là-bas, un pays martyrisé depuis des décennies par des sanctions se défend encore après des semaines de guerre menée par deux des armées les plus combattives au monde. Il n’y a donc pas besoin d’une OTAN bis, et encore moins d’une poursuite de la politique transatlantique ou de son ersatz.
Les réfugiés naissent de foyers de crise et les foyers de crise sont eux-mêmes trop souvent la conséquence d’une politique occidentale bancale. L’Europe, avec sa pompeuse expansion de l’OTAN et simultanément sa politique d’austérité pour tous les citoyens, est au bout du rouleau, et l’on ne peut pas s’attendre à une soudaine explosion des naissances dans un tel environnement. Celui qui veut se débarrasser de tous les étrangers aura inévitablement un problème démographique, non seulement pour ce qui concerne les coûts de soins de santé et de retraite, mais aussi pour encore trouver du personnel soignant. Avec des retraités d’origine allemande, on ne peut guère faire un État, même si les partis de droite veulent le faire croire à leurs électeurs tremblant de peur devant le « péril migratoire ».

Quand l’Allemagne adhéra à l’OTAN le 6 mai 1955, le premier secrétaire général Hastings Ismay déclara que le but de l’alliance serait « garder les Américains à l’intérieur [en Europe occidentale], les Russes à l’extérieur et les Allemands en bas ». La preuve est faite : avec la guerre d’expansion ukrainienne, l’OTAN a réussi à entraîner non seulement l’Allemagne, mais aussi la France et l’île britannique dans un gouffre financier. La morale de l’histoire ? Tout sauf un changement de stratégie : toutes les ressources encore disponibles doivent continuer à aller à l’Ukraine. Que ferait une UE complètement appauvrie d’une Russie ruinée, si cela devait arriver ?
En dehors de programmes électoraux effrayants et des habituelles rodomontades, ce que les partis populistes de droite veulent vraiment reste invisible à l'oeil nu. Se situer politiquement « à droite » de quelque chose qui ne fait de toute façon que prétendre être conservateur est déjà assez problématique. Ne les rangeons pas immédiatement avec les ancêtres marchant au pas de l'oie : seul l’avenir le montrera. Mais désavouer la guerre serait déjà une sacrée victoire. Et peut-être que cela suffit déjà.
David Andel (traduit par Laurence Geyduschek)
