La Rafale de vent (1904) von Leon Spilliaert: zu sehen ist eine verängstigte Frau an der belgischen Küste, deren Haare vom Wind verweht sind

Il souffle un vent glacial

L’Allemagne est sur la voie rapide, en route vers son exclusion internationale. Elle reste obstinément fidèle à une alliance transatlantique qui n’existe plus, se solidarise avec un État juif qui n’a jamais existé et souhaite un ordre mondial sans la Chine et la Russie, ce qui est impossible.

Le Conseil de sécurité des Nations unies est une émanation des puissances victorieuses de la Seconde Guerre mondiale. Depuis 1945, il représente la configuration de pouvoir résultant presque inévitablement des deux guerres mondiales allemandes. Dans cette constellation, ni la Chine, ni la Russie, ni les États-Unis ne peuvent être durablement ignorés. Ni l’Allemagne ni l'Israël actuel ne pourront jamais jouer un rôle principal dans cette confédération d’États. Tout cela a de bonnes raisons. Et si l’Allemagne nie globalement le droit à l’existence de la Russie, surévalue celui d’Israël et met en doute celui de l’Iran à cause de son gouvernement, alors elle n’a déjà pas compris cette configuration de pouvoir spécifique.

C'est seulement le 18 septembre 1973 que la République fédérale d’Allemagne (RFA) et la République démocratique allemande (RDA) sont devenues membres des Nations unies, ce qui tenait notamment à la doctrine Hallstein d'Allemagne de l'Ouest, qui classait l’établissement de relations diplomatiques entre des États tiers et la RDA comme un acte inamical envers la RFA. Deux coqs de combat aussi différents étaient inimaginables dans une même enceinte internationale de négociation. La doctrine portait le nom de Walter Peter Hallstein, un politicien et juriste de la CDU qui, pendant le Troisième Reich, avait été membre de la Ligue nationale-socialiste des juristes, de la Ligue nationale-socialiste des enseignants, de l’Œuvre de bienfaisance populaire nationale-socialiste, de la Ligue nationale-socialiste de défense aérienne et de la Ligue nationale-socialiste des conférenciers.

Ce n’est que le Traité du 21 décembre 1972 sur les bases des relations entre la RFA et la RDA qui a permis l’admission simultanée des deux États allemands comme 133e et 134e membres au sein de l'ONU. Les différences entre l’Allemagne d’aujourd’hui et celle de ses débuts à l'ONU ainsi que ses mandats temporaires au Conseil de sécurité en 1977/1978 (RFA), 1980/1981 (RDA), 1987/1988 (RFA), 1995/1996 (RFA), 2003/2004 (RFA), 2011/2012 (RFA) et 2019/2020 (RFA) sont considérables : elle est désormais non seulement leader dans le domaine des livraisons d’armes vers les deux plus grands foyers de conflit du monde, mais elle se prépare en même temps aussi, par un réarmement actif, à une guerre contre la Russie. Dans ces deux événements, l’Allemagne joue tout sauf le rôle d’un facteur susceptible d'accroître ou au moins de préserver la sécurité dans la politique mondiale.

Nous appartenons à cette table. Nous assumons des responsabilités. Nous croyons au système des Nations unies.

Le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul à propos de l’Allemagne prétendue

La fusion des deux États allemands n’a eu lieu que 16 ans après l’entrée de l’Allemagne à l'ONU. 33 ans plus tard, une République fédérale renforcée, rendue possible seulement par l’Union soviétique de Gorbatchev, se trouve à nouveau pleine d’hostilité envers cette Russie à laquelle elle doit non seulement en grande partie sa libération de la domination nazie, mais aussi une Union européenne considérablement élargie vers l’Est. Depuis lors, à aucun moment elle ne s’est engagée pour l’intégration de la Russie dans les structures de pouvoir européennes, mais a surtout mené une politique rigide de confrontation.

Ce n’est pas l’Occident qui décide du succès ou de l’échec des processus de réforme en Union soviétique et dans les autres États du Pacte de Varsovie, ce sont avant tout les personnes et les forces politiques de ces pays eux-mêmes qui en décident.

Le chancelier de la réunification Helmut Kohl le 19 janvier 1990 à Paris à propos de l’Allemagne prétendue

Puisque l’Allemagne part du principe que son retour en tant qu’État pacifique dans la communauté des nations, à peine une génération après la fin de la guerre mondiale et la restauration de presque toute sa superficie territoriale qui suivit de près, l’autorisent à déclarer sans plus attendre une nouvelle guerre totale contre la Russie, elle doit se demander pourquoi elle s’allie avec un Israël qui n’a jamais été, à aucun moment, le pays victime du régime nazi allemand. Par son action lors de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne n’a pas seulement détruit le rapport de force local, mais tout le Moyen-Orient. Ses actions lors de la Seconde Guerre mondiale ont finalement rendu la vie des Palestiniens impossible. En s’alliant avec l’île britannique et les États-Unis ainsi qu’en considérant Israël comme une succursale fraternelle de l’Allemagne dans le monde arabe, elle a en outre considérablement aggravé les deux blessures. Sous les yeux du monde, un drame humain d’une cruauté inimaginable se déroule à Gaza et de plus en plus aussi en Cisjordanie, un drame que l’Allemagne ignore avec grand soin.

Les conditions de vie des Palestiniens dans la bande de Gaza sont littéralement horribles. Ils sont confinés dans 40 % du territoire de Gaza, soit 2 millions de personnes dans moins de la moitié d’un territoire déjà très densément peuplé. Ils s’entassent littéralement les uns sur les autres, dans des décombres, des immeubles détruits qui menacent de s’effondrer, ou sous des tentes qui ne les protègent pas des intempéries et encore moins des bombardements. Il y a des déchets partout, des rongeurs qui prolifèrent dans toute la région. Cela entraîne des épidémies de maladies cutanées, respiratoires, digestives…

Rony Brauman, ancien directeur de Médecins sans frontières, le 6 juin 2026

Pour ce qui concerne la Palestine, l’Allemagne renie complètement sa lourde responsabilité historique, et ce depuis des décennies. Pour tous les États membres de l'ONU, c'est difficile à ignorer. Elle entretient ainsi sa réputation de nation particulièrement cruelle, guerrière, intransigeante et de surcroît colonialiste. Avec l’île britannique, la France et les États-Unis parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, le soit-disant Occident dispose déjà d’une majorité et donc de la capacité permanente de contrecarrer toutes les résolutions ; c’est pourquoi presque toutes celles qui se dirigeaient contre Israël ont échoué jusqu'à présent face au veto des États-Unis. La liste est interminable et la situation s’aggrave encore et toujours.

Israël se présente comme le poste avancé de la lutte contre le terrorisme, la barbarie, la sauvagerie… Cela fait partie d’une vision coloniale, cette façon de se grandir en réservant pour soi les bienfaits de la civilisation et en renvoyant les autres à la barbarie. C’est fondamental dans le colonialisme en général et dans le colonialisme sioniste en particulier. Et cela fonctionne parce qu’en Europe, la plupart des pays ont encore un imaginaire colonial. En dépit d’être un État d’apartheid, qui pratique la torture, la dépossession, le vol de terre, la détention arbitraire et toutes sortes de pratiques d’un État ultra-autoritaire et violent, malgré cela, Israël réussit à se faire passer pour une démocratie, et à être intégré dans le club des démocraties européennes, dans les compétitions sportives ou culturelles, les accords universitaires et naturellement l’accord d’association avec l’Union européenne qui est en train d’être remis en cause.

Rony Brauman, ancien directeur de Médecins sans frontières, le 6 juin 2026

Notamment en raison des nombreuses apparitions irrationnelles et grossières d’Annalena Baerbock au titre de représentante de la politique étrangère de l'Allemagne entre le 8 décembre 2021 et le 6 mai 2025, c’est avant tout l’incompétence qui règne au plus haut niveau diplomatique en Allemagne. Cette phase honteuse d’un éléphant dans le magasin mondial de porcelaine a été encore aggravée par le faux pas de sa nomination comme présidente de la 80e session de l’Assemblée générale des Nations unies – une gêne qui ne prendra fin que le 8 septembre 2026 avec la prise de fonction du Bengali Khalilur Rahman.

Le successeur de Baerbock au ministère allemand des Affaires étrangères est Johann Wadephul, réserviste de la Bundeswehr et farouche opposant à la Russie. Encore en février dernier, il s’est trouvé incapable ne serait-ce que de supporter Francesca Albanese, qui est Rapporteuse spéciale de l’ONU pour les territoires palestiniens, et il l’a appelée à démissionner sur la base d’une citation falsifiée. Il semble à peine imaginable que des chefs diplomates d'un tel niveau de compétence puissent encore percevoir les nuances pratiquées jusqu’ici au Conseil de sécurité, sans parler de la capacité à en faire usage. Les gouvernements qui, d’une part, personnifient et diabolisent avec obstination des États, mais qui, d’autre part, font preuve une tolérance infinie envers leurs alliés alors qu'ils agissent souvent brutalement, seront peu surpris d’être reconnus comme des lanceurs de pierres dans une maison de verre. Le métier de la diplomatie, l’Allemagne ne le maîtrise déjà plus depuis longtemps.

Une abstention d’un membre permanent est fondamentalement la même chose qu’un vote positif. Dans le cas d’un membre non permanent, cependant, une abstention équivaut presque toujours à un vote négatif ; le pays concerné préférerait en réalité voter contre la résolution en question, mais il choisit de s’abstenir pour des raisons politiques. L’abstention peut donc signifier quelque chose de très différent selon qu’elle provient d’un membre permanent ou d’un membre non permanent.

Le diplomate indien Chinmaya R. Gharekan, représentant du Secrétaire général de l’ONU, dans ses mémoires de 2006

Sur le plan international, l’Allemagne est perçue comme un État antirusse et pro-israélien, pratiquant un réarmement militaire extrême, qui sanctionne par des mesures punitives excessives non seulement sa population critique envers le gouvernement, mais aussi ses journalistes non inféodés à celui-ci. Les manifestations propalestiniennes sont vilipendées, l’association Voix juive pour une paix juste au Proche-Orient est classée comme extrémiste et des interdictions d’activité sont prononcées pour des propos critiques envers Israël, comme dans le cas de l’ancien ministre grec des Finances Yanis Varoufakis. Vouloir abuser des Nations unies en l'utilisant comme plateforme pour de nouvelles mesures antirusses ou pro-israéliennes ne rencontrera donc guère un comité d’accueil enthousiaste au sein de l’ONU. L’Allemagne des sanctions contre les journalistes aux opinions non souhaitées n’a pas plus sa place dans un rôle spécial à l'ONU que l’Allemagne qui place le langage des armes au-dessus du langage de la diplomatie. Le Conseil de sécurité de l'ONU n’est pas non plus un club de vendetta au service de l’un des plus gros contributeurs financiers.

Juste en ces temps de crises innombrables, l’Allemagne reste un partenaire fiable et un ancrage pour le système multilatéral. Nous le faisons parce que nous croyons aux Nations unies. Pour nous, c’est un investissement dans un ordre mondial basé sur le droit et les règles, non sur la loi du plus fort.

Le chancelier fédéral de l’Allemagne qui veut être apte à la guerre, à propos des Nations unies

Puisque l’Allemagne n’est pas disposée à revenir dans le droit chemin, les expériences telles que celle de l'échec de l'obtention du siège au Conseil de sécurité vont continuer à se multiplier. C’est le prix à payer pour le désastre Baerbock, une politique antirusse agressive et le soutien actif intolérable au nettoyage ethnique de la Palestine. Une majorité des deux tiers des 193 États membres était nécessaire pour l’élection secrète au sein de l’Assemblée générale de l’ONU. Au moment du vote, cette majorité était de 128 voix. L’Allemagne n’a pu en obtenir que 104, tandis que l’Autriche en a obtenu 131 et le Portugal 134. L’événement n’était pas seulement une gifle directe pour Mme Baerbock et M. Wadephul, mais aussi pour les gouvernements Scholz et Merz pendant lesquels a été fait le travail préparatoire essentiel de la candidature. Pour les nouveaux gouvernements allemands voulant être aptes à la guerre, l'amère vérité est : ils sont impopulaires et le resteront dans les circonstances actuelles. L’expérience du monde dans ses rapports avec l’Allemagne est trop sombre que pour mettre en danger l’approche diplomatique des Nations unies.

La politique étrangère de l’Allemagne n’est pas capable d’apprendre et, malgré tous les signes d’alarme, elle demeure inchangée sur le soutien à Israël et à l’Ukraine. Alors que l’Ukraine cherche à obtenir en Europe le statut spécial destructeur d’Israël, Israël ne veut justement pas tomber dans une relation de dépendance comme celle de l’Ukraine. Le grand écart que l’Allemagne entend réaliser avec ses deux belligérants par procuration de l’Est et du Sud est devenu tellement irrationnel qu’aucune stratégie diplomatique ne peut plus en découler. Le dernier exemple en date : avec environ soixante-dix ans de retard, il y aura une rue Yad Vashem à Berlin alors que dans le même temps, Dani Dajan, le directeur du mémorial Yad Vashem, se retrouve sur la liste de Myrotvorets, comme ennemi de l’Ukraine au au prétexte d’une prétendue propagande russe.

Vom Terrorismus zur Staatsräson: zu sehen ist ein Artikel der New York Times vom 10. April 1948, der das Massaker jüdischer Terroristen in Deir Yassin beschreibt
Du terrorisme à la raison d’État allemande : la politique unilatérale de l’Allemagne envers la Palestine entrave sa réintégration au Conseil de sécurité de l’ONU

Le message sous-jacent de l’Allemagne au monde, à savoir que les Juifs souffrent désormais non plus des Allemands mais des Arabes, est du racisme mis en pratique et un déni malveillant de la réalité historique. Faire d’un État juif hors d’Allemagne une raison d’État, et de surcroît comme rempart contre les Arabes, est profondément malfaisant. Par ailleurs, un État-providence auquel manque l’argent pour sa propre population parce qu’il s'est ruiné dans l’armement pour une guerre totale contre la Russie est préoccupant. Un pays aux dépendances multiples qui laisse une partie belligérante radicalisée détruire son approvisionnement énergétique tout en la soutenant avec des armes dans une guerre contre une puissance nucléaire agit de manière étrangement irréfléchie. Une nation qui veut faire de l’union pacifique d’États qu’est l’Union européenne une alliance belliqueuse agressive est un danger pour la sécurité internationale.

Britisches Plakat der Anti-German Union aus dem Ersten Weltkrieg: die Vergangenheit Deutschlands nähert sich seiner Zukunft
Affiche britannique de l’ Anti-German Union issue de la Première Guerre mondiale : le passé de l’Allemagne se rapproche de son avenir

Ce que fait maintenant la nouvelle Allemagne qui veut être apte à la guerre, ce n’est pas une politique démocratique pour le peuple, mais une politique populiste avec un noyau belliciste et une diversité d’opinions restreinte. Un gouvernement fédéral comme celui de Willy Brandt reste une exception historique, et les gouvernements fédéraux dirigés par la CDU deviennent de plus en plus sans attrait, même pour le Michel le Germain. En partie à cause de sa raison d’État, l’Allemagne devient de plus en plus un État imprévisible et peu fiable, qui prend des décisions incompréhensibles et paraissant extrêmes. Hormis sa contribution financière, la participation de l’Allemagne aux Nations unies en tant que caisse de résonance de l’île britannique, de la France ou des États-Unis est donc superflue. Va-t-en-guerre, accro à la guerre ou d'une servilité obsessionnelle ? Le changement fondamental d’attitude envers la Russie et la Chine et l'alignement rigide avec les commandos de meurtre en masse d’Israël consolident la réputation du pays des juges et des bourreaux, une réputation acquise à juste titre entre 1914 et 1918 ainsi qu’entre 1933 et 1945.

David Andel (traduit par Laurence Geyduschek)