Robby, der Roboter

We are the robots

En inventant le « Maybot », John Crace - un auteur de 68 ans du journal britannique The Guardian, a eu la main heureuse. Il avait développé le stéréotype politique parfait : le schéma d'un Homo Politicus qui ne sert pas son peuple mais lui coexiste, le plume, l'accuse et le trompe tout en répétant infiniment les mêmes choses en boucle ; des choses qui sont tout sauf en phase avec ses actes.

Crace n'est pas un geignard. Si l'on écoute ses podcasts, on perçoit la voix d'un homme brisé, qui semble avoir à peine survécu à son passé. L'ancien héroïnomane est cependant parvenu à surmonter son ancienne vie déterminée par la drogue et est devenu l'un des auteurs les plus célèbres du Guardian, ce qu'il doit entre autres à ses remarques cinglantes sur l'ancienne Première ministre Theresa May. Une femme qui n'avait guère plus à dire que de répéter qu'elle oeuvrait à un pays « fort et stable » (strong and stable), ce que personne d'autre qu'elle ne semblait à même de constater.

Comme Mme May reprenait néanmoins sans cesse les mots « fort et stable » ou d'autres coquilles vides, Crace ne put éviter de la comparer à un « bot », c'est-à-dire à un programme, sans intervention humaine, qui exécute quelques tâches limitées. Et parce que Theresa May agissait plus ou moins exactement comme cela, le Maybot devint le terme plébiscité pour désigner son mode opératoire. En sorte d'hommage à John Crace, l'auteur de ces lignes s'autorise maintenant le transfert du concept de « Maybot » à d'autres modèles de l'Occident des valeurs.

Il y aurait par exemple le Merzbot. Nous le connaissons depuis la première version bêta, son code source est archaïque. Il est le produit d'une informatique conservatrice d'une grande utilité pour les entreprises américaines, mais pas pour les utilisateurs européens. Selon les initiés, ce logiciel d'ego tournerait en boucle infinie à un rythme de cynisme excessif depuis des décennies, consommant toutes les ressources disponibles sans rien produire. Le Merzbot signale sans cesse des dangers, pour inciter l'utilisateur à commencer par réduire les fonctionnalités du système d'exploitation. Ensuite, il propose la réactivation payante des fonctions perdues. L'intégration d'un moteur d'empathie fut jugée inutile par les développeurs. La version 69.5 du Merzbot vient d'être publiée : c'est la mise à jour la plus chère de tous les temps. Le Merzbot ne fonctionne en mode multitâche que pour les dossiers complexes et en utilisant toute la mémoire vive. Il attribue la plus haute priorité CDU (Central Demagogic Unit = unité centrale démagogique) aux actions inutiles, comme la modernisation permanente du matériel disponible, mais échoue d'emblée par sa puissance de calcul face aux exigences sociales les plus simples.

Le Macronbot français nous est livré en version 47.4 et a déjà provoqué à plusieurs reprises des fous rire dans les laboratoires d'essai internationaux en raison de sa riche extension intégrée Smiley. Tout comme le Merzbot, ce logiciel néoconservateur sert avant tout à dissuader des dangers qu'il invente lui-même, annonce souvent de grandes actions mais laisse ensuite le processeur en Idle. Le Macronbot est ainsi un exemple typique de ce qu'on appelle le Vaporware (ou fumiciel) et n'a jusqu'ici produit aucun effet mesurable dans son environnement d'exécution.

Le Starmerbot (version 62.7), conçu sur l'île britannique, est connu pour ses capacités d' émulation de la rhétorique sociale-démocrate. Certes, son fichier Readme mentionne plusieurs fois la compétence sociale, mais dans ce domaine, ses performances dans le « monde réel » sont extrêmement faibles. Il correspond largement au logiciel précédent, le Blairbot, qui a finalement dû être abandonné suite à un effondrement des ventes.

Le Baerbot est un phénomène plus récent, particulièrement peu performant ; il a été supprimé sur la plupart des installations après les premiers tests décevants. Selon la rumeur, le logiciel s'est installé avec force brute sur les ordinateurs des Nations Unies, où il a été pris pour un économiseur d'écran en raison des couleurs nationales ukrainiennes affichées en boucle – une fonction avec laquelle il a ensuite paralysé l'ordinateur hôte en raison de nombreuses routines défectueuses. Un développement tragique d'un fabricant quasi inconnu d'Allemagne. Notre conseil après une semaine de test de la version 44.4 : désinstallez-le au plus vite.

Le Bibibot (version 75.6) est un logiciel malveillant dangereux : avec son extension Wiper, active en permanence, il détruit de préférence les systèmes arabes, mais il a aussi corrompu tous les environnements de développement de son fabricant israélien et l'ensemble des réseaux connectés. Son rachat imminent par une entreprise américaine serait apparemment en projet. En raison de son facteur d'empathie à sens unique, le Bibibot est prédestiné à une utilisation dans le secteur des jeux d'argent et de l'immobilier. Mais attention ! Dès qu'un hôte passe en veille, il utilise la puissance de calcul qu'il vole pour miner des Bitcoins à son propre profit, ce qui lui a valu à plusieurs reprises d'être classé comme Bloatware . Ses fonctionnalités en tunnel provoquent un gaspillage permanent des ressources existantes. Dans la classe des Politbots, le Bibibot est donc réputé sournois. Nous recommandons l'utilisation immédiate d'un logiciel antivirus.

Tous les bots étudiés ont en commun le manque de toute possibilité d'application créative et d'une vision technique dépassant le plus étriqué des cadres. Comme on pouvait s'y attendre, les Politbots ne sont rien de plus que des programmes principalement unidirectionnels, et le plus souvent carrément inutiles.

David Andel (traduit par Laurence Geyduschek)